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L’extrait qui fait envie [7]

21 octobre 2012

– Nos anciens noms n’ayant plus lieu d’être, reprit Nijinski, nous en choisissons de nouveaux. Et, depuis le début, il est… disons… de coutume que l’on prenne le nom de quelqu’un qui a été victime de confusion mentale. Un fou ou une folle, en somme. Qu’il s’agisse de quelqu’un de réel ou d’un personnage de fiction.

Il esquissa un sourire oblique. Ophelia embraya aussitôt :
– Vincent pour Vincent Van Gogh, Nijinski, l’Ophelia d’Hamlet, Annie Wilkes, de Stephen King, Caligula. (Elle battit des cils à l’instant de prononcer son nom.) Kerouac, Renfield, ici présent – un personnage de Dracula, rien de moins – et, bien entendu, Lear. […]
Sadie zyeuta le garçon aux yeux bleus. Pas un battement de cils. Pas un tressaillement.
– Y a pas longtemps, dit-elle, j’ai écrit un papier sur Sylvia Plath. Une poétesse. À trente ans, elle a allumé le gaz et s’est foutue la tête dans le four. Le truc, c’est que ses enfants étaient dans la pièce à côté. (Elle battit les paupières. Un geste lent et délibéré.) C’est assez barré pour vous, ça ?
Nijinski eut un mouvement de recul, comme s’il redoutait d’être contaminé. […]
– Donc ? Sylvia ? demanda-t-il en l’interrogeant du regard.
La fille aux taches de rousseur esquissa un imperceptible non de la tête.
– Pas Sylvia. Plath.

BZRK, de Michael Grant
Pages 157 à 159

J’aime cet extrait pour deux raisons : premièrement parce qu’il trahit bien le côté barge de ce roman. Quel délice de présenter son équipe comme d’un groupe de fous littéraires ! Et deuxièmement grâce à l’évocation de Sylvia Plath, que je ne connaissais pas, mais qui m’a intriguée… Alors quand j’ai croisé un de ses recueils de poésie (Ariel) en rayon, je l’ai ouvert avec curiosité, en ai lu quelques lignes, et suis immédiatement tombée sous le charme ! Donc, merci BZRK 😀

 .

.

ARIELde Sylvia Plath

Un moment de stase dans l’obscurité.
Puis l’irréel écoulement bleu
Des rochers, des horizons.

Lionne de Dieu,
Nous ne faisons plus qu’un,
Pivot de talons, de genoux! – Le sillon

S’ouvre et va, frère
De l’arc brun de cette nuque
Que je ne peux saisir,

Yeux nègres
Les mûres jettent leurs obscurs
Hameçons –

Gorgées de doux sang noir –
Leurs ombres.
C’est autre chose

Qui m’entraîne fendre l’air –
Cuisses, chevelure;
Jaillit de mes talons.

Lumineuse
Godiva, je me dépouille –
Mains mortes, mortelle austérité.

Je deviens
L’écume des blés, un miroitement des vagues.
Le cri de l’enfant

Se font dans le mur.
Et je
Suis la flèche,

La rosée suicidaire accordée
Comme un seul qui se lance et qui fonce
Sur cet oeil

Rouge, le chaudron de l’aurore.

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3 commentaires leave one →
  1. Ivy permalink
    21 octobre 2012 22hi

    Très joli. Merci beaucoup.

  2. 24 octobre 2013 8hi

    Je partage ta passion pour cet extrait et ce poésie 🙂

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