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« Le chant des orques » de Antje Babendererde

15 juillet 2010

COUP DE CŒUR

Encore un conseil de ma libraire, et à nouveau je ne suis pas décue. « Un beau livre' », m’a-t-elle dit… et je ne peux que confirmer : il est beau à l’extérieur comme à l’intérieur ; un bel objet, une belle histoire.

Sofie vit à Berlin, sele avec son père depuis le décès de sa  mère. Elle mène une vie morne et monotone, n’a pas d’ami(e)s,  au collège, passe son temps libre à peindre et à se promener dans un cimetière juif – faute de réussir à se rendre sur la tombe de sa mère, dans un autre cimetière. Elle n’a jamais été très proche de son père, et le drame ne les a pas vraiment rapprochés, bien qu’elle n’aie plus que lui et lui qu’elle. Alors, quand – en tant que photographe renommé – il doit se rendre un mois dans le nord des Etats-Unis pur photographier les paysages de Neah Bay et la fête traditionnelle des Makah, il propose à Sofie de l’accompagner. Elle se dit que c’est l’occasion pour eux de se rapprocher, et accepte…
Là-bas, elle tombera amoureuse* de Javid**, jeune indien. Le temps qu’elle aurait du passer avec son père pour ses reportages, elle le consacre au jeune garçon – qui donne l’impression que Sofie ne le laisse pas indifférent non plus. Il lui fait découvrir les environs, l’emmène voir les orques et lui raconte les vieilles traditions des Makah. Sofie vit un mois de bonheur, s’autorise pour la première fois depuis la mort de sa mère à être heureuse. Elle apprend l’amour.

Une histoire simple, mais qui fait rêver. J’ai eu l’impression tout du long d’avoir des ailes et de voler au-dessus du Pacifique, observant Sofie et Javid… On suit cet amour tout mignon, parsemé d’histoires de Makah, de ballades en Zodiac à la rencontre des orques. Un petit paradis. Certains trouveront peut-être qu’il n’y a pas d’histoire, juste le premier amour d’une adolescente – je préfère vous prévenir. C’est exact, mais ne mettez pas même une pointe de péjoratif en disant ça, parce que cette histoire « simple » est merveilleusement bien écrite, ce premier amour est merveilleusement bien raconté. Certains n’aimeront peut-être pas, donc. Mais pour ma part, je n’ai pas honte de dire que j’ai adoré ce roman magique. Je pense même qu’on peut parler d’un coup de coeur.. en fait j’en suis sure 😉

* ce n’est découvrirpas un spoiler, on l’apprend dès le début
** le quatrième de couverture dit Yavid, mais c’est une erreur, tout le roman parle de Sofie et de Javid.

PS/ Et puis j’ai eu de bons souvenirs en retrouvant parfois dans le récit des noms tels que Seattle, Forks, La Push (si vous ne comprenez pas l’allusion, vous n’avez pas lu un certain livre de vampires végétariens 😉 – mais le lieu est le seul point commun entre ces deux livres ! Parce que je me rends compte que ça pourrait porter à confusion ^^)

Extraits : (ils sont un peu longs, mais je trouve que ce livre est tellement beau qu’il mérite que je mette quelques extraits ici.. si vous ne comptez pas acheter le livre, lisez au moins les passages cités ci-dessous)

Pages 64 à 68 :

[…] – Hé, Copper ! a soudain crié quelqu’un derrière moi.
Je me suis retournée, car j’avais reconnue sa voix. J’ai contemplé la rue, pour s’assurer que c’était à moi qu’il parlait. Javid m’a rattrapée en me faisant un grand sourire, les mains enfoncées dans les poches de son vieux ciré jaune.
– Où tu vas ?
– J’ai faim, ai-je répondu – ce qui était vrai – et je l’ai regardé.
Il avait remis sa casquette de base-ball à l’endroit, pour se protéger de la pluie.
– Alors, il y a le supermarché Washburnes, a-t-il dit. Si tu n’as rien contre, je viens avec toi.
J’ai haussé les épaules. C’était un geste étudié, pour cacher mes sentiments et paraître plus impassible que je ne l’étais.
Etait-ce une tentative d’aproche ? Et comment m’avait-il apelé ? Copper* ? Aucune idée s’il voulait se moquer de mes cheveux ou dire autre chose. Ca ne m’avait pas paru méprisant, mais, d’expérience, j’étais méfiante. J’ai continué à marcher sans un mot, Javid à mes côtés.
– Hé, dit-il, tu es préssée !
– Il pleut, ai-je rétorqué.
– Et alors ? Ici, il pleut tout le temps, mais personne ne court à cause de ça. Il a étendu les bras comme des ailes.
J’ai marché un peu moins vite. […]
Il s’est arrêté et m’a pris le bras.
– Hé, Copper, qu’est-ce que tu as ?
Sa question m’a surprise. Cela faisait longtemps que personne n’avait voulu savoir ce que j’avais. Ma gorge s’est serrée.
– Je m’appelle Sofie, ai-je dit en le regardant dans les yeux.
Ils étaient noirs et brillants comme les nageoires des orques, et soutenaient mon regard interrogateur.
– Copper, ça ne te plaît pas ?
– Les moqueries ne plaisent à personne.
Javid a cligné des yeux, stupéfait.
– Je ne me moque pas de toi. J’aime tes cheveux, ils brillent comme du cuivre liquide. Je n’ai encore jamais vu quelqu’un avec des cheveux comme ça.
Il a levé la main pour saisir une mèche qui s’était échappée de mon ruban et dépassait de ma capuche. Quand j’ai reculé d’un pas, il a laissé retomber sa main.
– Pourquoi je te croirais ? ai-je lancé d’un ton brusque.
Il a plissé le font.
– Parce que je ne suis pas un menteur.
Ca avait l’air si sincère que, soudain, j’ai eu honte. J’ai détourné le regard.
– Je n’ai pas dit ça, non plus.
– Alors, exprime-toi clairement !
Muette, j’ai secoué la tête, de peur de refaire un faux pas. Je craignais qu’il m’abandonne simplement sous la pluie et qu’il s’en aille.
Mais Javid n’est pas parti.
– Tu sais, a-t-il commencé, comme s’il avait décidé d’être patient avec moi, il y a quelques années, j’avais sept ou huit ans, mes parents sont allés en ville pour deux jours, et je suis resté chez ma grand-mère. Elle habitait une vieille maison sur la plage. La nuit, il y a eu une grosse tempête et j’ai eu très peur. Pour me calmer, ma grand-mère m’a raconté l’histoire de la femme-cuivre, la première femme, du ventre de laquelle sont nés nos ancêtres. La femme cuivre avait les yeux verts et les cheveux rouges, comme toi. Et elle était malheureuse, parce qu’elle était très seule.
Je me tenais là, sur le goudron mouillé de la grand-rue de Neah Bay, les pieds lours comme du plomb, et j’écoutais ce que Javid me racontait. Je ne sentais plus la pluie, même si elle ne s’était pas calmée. Je n’avais encore jamais entendu quelque chose d’aussi beau de la bouche d’un garçon. Jusqu’alors, je ne savais pas que des mots pouvaient rendre aussi heureux.
– Grand-mère disait que la sagesse d’un peuple doit toujours être transmise par les femmes, a continué Javid. Parce qu’elles seules ont le courage de s’en tenir à la vérité.
Il a cherché mon regard.
– On reconnaît les filles de la femme-cuivre à leurs yeux. Les yeux verts sont le signe d’une âme ancienne, qui est née à nouveau. Et les tiens sont magnifiques, Copper.
Embarrassée, j’ai fixé mes chaussures sans savoir que dire. Javid a posé la main sur mon épaule d’un geste conciliant, et a déclaré :
– Allez, viens, tu dois avoir faim.
Il a désigné le parking devant le supermarché.
– Nous sommes arrivés. […]

* Copper, en anglais, signifie « cuivre »

Pages 274 à 277 :

[…] Alors il s’est passé quelque chose qui nous a tous les deux ébahis. Bob* a commencé à émettre des sons que nous n’avions encore jamais entendus. C’était une longue suite de tons qu’il répétait par intermittence. Peu après, les autres se sont jointes à ce chant. C’était un vrai concert, un concert d’orques, et des larmes de surprise et de joie ont coulé sur mes joues.
– Elles chantes, ai-je murmuré, la gorge sérrée.
– Oui, a acquiescé Javid. J’avais entendu dire qu’elles pouvaient chanter, mais je ne les avais jamais entendues. […]
– Qu’est-ce que les marins ont bien pu penser dans le passé, quand ils ont entendu ces chants pour la première fois ? ai-je demandé, songeuse ?
– Ils ont du croire que les esprits des profondeurs les appellaient.
En effet, quand je fermais les yeux, cela ressemblait à une musique surnaturelle. Mais si je regardais les orques chanter, je voayis que cela leur faisait simplement plaisir et qu’elles n’avaient pas d’autre but que d’exprimer leurs sentiments.
– J’aurais du naître baleine, ai-je réfléchi à voix haute. Leur vie est bien plus simple que la nôtre.
– Je ne crois pas, Copper. Notre monde change et le leur aussi. Et, comme nous, les orques doivent s’adapter à ces changements. Elles doivent lutter pour se nourrir et elles ont des problèmes avec la pollution de la mer. A mon avis, leurs soucis sont aussi importants que les nôtres.
– Oui, tu as raison, ai-je soupiré.
– Oncle Henry m’a raconté que leur chant se modifie au fil des années, a repris Javid, à mesure qu’elles doivent trouver de nouveaux sons pour des choses qu’elles ne connaissent pas encore et désigner des dangers inconnus jusque là.
– Tu veux dire qu’elles racontent des choses, quand elles chantent ?
– Oui, bien sûr ! Nous, les hommes, nous croyons que nous sommes les êtres vivants les plus importants et les plus intelligents du monde. Mais ce n’est pas sur. On pourrait sans doute apprendre une foule de choses sur les baleines.
Comme pour donner raison à Javid, toutes les orques ont sorti la tête au-dessus de l’eau et sont restées un moment dans cette position, tandis que les vagues étincelantes dansaient autour de leur corps noir et blanc. Puis, elles ont replongé, elles ont levé leur nageoire caudale dans les airs et ont frappé lentement la surface de l’eau, en provoquant des éclaboussures.
J’ai aussitôt applaudi pour les remercié de leur chant merveilleux et de leur magnifique numéro. Les orques ont de nouveau ressorti la tête, avant de nous saluer avec quelques cris joyeux. En rang, elles sont reparties vers le large, où, dans le lointain, un grand cargo se dirigeait lentement vers le sud. […]

* Bob est une des orques dans le livre

Beautiful ♥

Le chant des orques, Antje Babendererde, Bayard Jeunesse, 11,90 €

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